::Un petit coin de banquise::

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lundi, 3 mars 2008

You're a witch !

Comme j'avais écrit une petite nouvelle pour présenter mon perso sur le fofo de roleplay Harry Potter, autant partager ici. Donc le principe, c'est de présenter son personnage, son caractère et son comportement, ainsi que la manière dont il est "tombé dans le monde magique". Je vous épargne le dernier morceau qui amène en accéléré jusqu'à la cérémonie de répartition, il est de moins bonne qualité.


***

Page McHenry courait dans les rues de Londres, le cœur battant à tout rompre. Elle se retourna pour voir si sa sœur Helen la suivait. Celle-ci était de constitution plus chétive, et il était hors de question que Page la laisse en arrière…

- Ca va tu suis ? ahana-t-elle entre deux respirations.

Sans attendre la réponse, elle laissa sa sœur arriver à sa hauteur et se remit à courir, jetant un œil à leurs poursuivants. Les quatre garçons gagnaient du terrain, et à en juger par les cris qu’ils poussaient, les deux fillettes feraient mieux de trouver un moyen de disparaître avant qu’ils aient l’occasion de mettre la main sur eux. Guidant Helen, Page obliqua brutalement dans la première ruelle qui se présenta à elles. Contrairement à sa sœur, elle connaissait le quartier d’East End comme sa poche. C’était son terrain de jeu, son territoire, et ce n’étaient pas quatre garçons à peine plus âgés qu’elle qui allaient la faire plier. Nouveau croisement, nouveau changement de direction. Droite, gauche, gauche, tout droit, puis de nouveau à droite… Page leur faisait gagner un peu d’avance, mais leurs poursuivants étaient toujours sur leurs talons, elle pouvait entendre leurs vociférations…
Enfin elles arrivèrent, hors d’haleine, là où Page voulaient qu’elles soient : Spitafield market grouillait de monde en ce dimanche matin, et c’était exactement ce dont elles avaient besoin pour se défaire des importuns qui leur filaient le train. Les deux fluettes gamines se faufilèrent comme des anguilles entre les badauds, esquivant les sacs, cabas et autres poussettes par des galipettes de cabri. Page était certaine que les adolescents, plus massifs, auraient beaucoup plus de mal qu’elles à jouer des coudes pour traverser la foule compacte.
Après avoir quelque peu remonté la rue, Page saisit sa sœur par le coude et les fillettes se dirigèrent vers les arches déglinguées du chemin de fer désaffecté sous lesquelles nombre de boutiques de vêtements s’étaient spontanément installées depuis quelques années. Les deux sœurs se glissèrent discrètement dans l’une d’entre elles, et passèrent derrière les rangées de frusques à bas prix pour s’asseoir sous l’une des penderies. Enfin au calme, les deux fillettes s’effondrèrent, le souffle court, mais un sourire au lèvres. Page laissa passer quelques instants, le temps que son cœur daigne ralentir à un rythme sinon normal, du moins raisonnable. Elle fit sortir Sugar, sa petite souris blanche, de la poche ventrale de son sweat shirt à capuche et la fit courir sur ses mains avant de la percher sur son épaule.

  • Ca va ma belle ? Pas trop secouée ? T’es vraiment de toutes mes aventures dis-moi !*

Puis, jetant un œil à sa sœur, elle glissa malicieusement :

- On les a bien eus, hein ?

Elle appuya sa déclaration d’un sourire stupide et d’un regard en coin pétillant de bonne humeur. Helen était adossée au mur, les yeux fermés, et essayait de reprendre son souffle.

- C’était obligé que tu donnes un coup de pied dans le tibia de ce pauvre Thomas Connor ? demanda-t-elle.
- Ben… Ils avaient qu’à pas nous dire de filer comme ça. Le parc n’est pas à eux à ce que je sache.
- Mais on aurait juste pu aller plus loin…
- Pas question ! On était là avant ! S’ils croient qu’ils me font peur avec leurs grands airs de durs ! En attendant, ils ont l’air fins maintenant, même pas capables d’attraper deux gamines.
- Oui, mais s’ils nous avaient eues…
- Je t’aurais défendue ! Avec moi, tu ne crains rien, tu le sais…

Elle ponctua ses paroles d’une magnifique mimique du « je suis le plus fort », qui fit pouffer sa sœur.

Lorsqu’elles furent remises de leurs émotions, les fillettes quittèrent leur cachette et se dirigèrent d’un pas tranquille vers le Clover’s, le pub que tenait leur mère, Mary. A les voir ainsi cheminer ensemble, il était frappant de se rendre compte des dissemblances des deux jumelles. Elles avaient certes peu ou prou la même taille, les mêmes cheveux d’un blond-roux flamboyant, les mêmes yeux sombres contrastant avec un teint pâle, une constellation de petites tâches de rousseur discrètes mais les similitudes s’arrêtaient là. Page avait les cheveux aussi courts qu’Helen les portait longs. L’une était plutôt robe et très petite fille sage alors que l’autre était garçon manqué au tempérament de feu, courageuse et parfois un peu tête brûlée. Ce qui immanquablement entraînait des centres d’intérêts différents, mais leur complicité n’en était pas moins extrêmement forte. « Le yin et le yang », « l’alpha et l’oméga », « Laurel et Hardi »… A toutes ces grandes paires, les deux sœurs préféraient « la tartine et le nutella », duo des plus essentiels s’il en était. Leur plaisir était de se chamailler pour savoir qui serait le nutella, justement. Elles arrivèrent rapidement en vue du Clover’s et de sa belle devanture vert bouteille flambant neuve. Le pub sentait la peinture fraîche, et les fillettes s’engouffrèrent par la porte vitrée, Sugar vissée sur l’épaule de Page, avant d’escalader les hauts tabourets de bois pour atteindre le comptoir.

- Madam’, deux chocolats chauds pour des morveuses épuisées ! héla Page, d’un signe de la main.

Leur mère s’approcha avec un franc sourire. Elle caressa la joue d’Helen, ébouriffa les cheveux de Page, et tendit à cette dernière une enveloppe avant de s’éloigner chercher les chocolats. Par-dessus son épaule, elle lança :

- C’est arrivé ce matin, je ne vois pas ce que ça peut être…

Page inspecta la lettre sous toutes les coutures. Elle était faite d’un papier épais mais de bonne qualité, et une écriture fine et élégante y inscrivait son nom. Intriguée, elle l’ouvrit précautionneusement et parcourut avidement le document qu’elle contenait. Plus elle avançait dans la lecture, et plus elle paraissait étonnée. Lorsqu’elle arriva au bout, elle avait l’air si éberluée qu’Helen pouffa de rire en voyant sa mine.

- M’man… J’ai un truc à te dire… hésita-t-elle.
- Moui ? fit cette dernière en revenant auprès de ses filles.
- Ben… Paraîtrait que j’suis une sorcière et que j’dois aller à la rentrée dans une école qui s’appelle Poudlard, lâcha Page, incrédule.
- Haha, bien essayé, ma chérie, j’avoue que tu t’es démenée cette fois, pour que la plaisanterie ait de la saveur !
- Mais… C’est pas moi !

Toutes les deux se tournèrent vers Helen.

- Ah non, c’est Page qui fait des blagues de ce genre, pas moi !
- Mais alors… Peut-être que… Ca doit être le facteur, à moins que… Georges !

Toutes les trois furent interrompues dans leurs spéculations par l’intervention d’un client assis au comptoir, qui buvait lentement son thé, allongé d’un nuage de lait.

- Votre petite a une sacrée chance d’avoir l’opportunité de s’inscrire à Poudlard ! glissa-t-il. Assurément, une sacrée chance !
- Eh bien Monsieur Spinkelton… s’étonna Mary. C’est bien la première fois que je vous entends parler ainsi. Je vous ai connu moins énigmatique !
- Bien, il va falloir que je vous explique un ou deux détails, auriez vous un endroit tranquille où nous pourrions discuter ?

mardi, 5 février 2008

PDF - première mouture

Et voilà, comme promis, le PDF de ce qui est déjà paru dans les "Chroniques". N'hésitez pas à me faire part de vos remarques. Vous le trouverez ici (992ko). Et donc, à chaque prochain chapitre qui paraitra, vous aurez la possibilité de télécharger la version complète ou le dernier chapitre paru, histoire d'éviter de vous obliger à télécharger un gros fichier à chaque fois. Comme je le dis dans les petites notes, même si ça reste un travail amateur qui n'a certes pas une bien grosse valeur littéraire, c'est un peu mon bébé, donc merci de respecter mon travail et de ne pas le diffuser ou l'utiliser sans mon autorisation écrite. C'est bête hein, j'ai commencé la RSSI par pur loisir, mais je m'y investis tellement que je n'ai pas envie de le voir se balader partout, du moins sans crédit de l'auteur... Faut croire qu'on s'attache ^^'

lundi, 7 janvier 2008

Piégée !

Je me suis faite avoir. A la base, la RSSI, ça devait être un petit truc un peu léger, juste quelques nouvelles pour étoffer le personnage de ma BJD. Et finalement, l'univers a pris de l'ampleur, à tel point que même si je meurs d'envie d'écrire la suite, je me force à ne pas bruler les étapes. Et à mon plus grand étonnement, je me surprends à acheter des polars victoriens, à lire plus encore de steampunk, à faire moult googleries pour me documenter, à ressortir les guides de Londres, à revoir certains films se déroulant au XIXe avec un oeil nouveau. Bref, j'ai envie d'enrichir mon univers de manière cohérente et plutôt que d'écrire des chapitres à la suite sans trop de repères, ce qui pourtant me fait très plaisir, je me retrouve avec plusieurs pages de notes sur les personnages, l'intrigue, Londres, les différents lieux que nous allons visiter... Et je me délecte rien qu'à l'idée de tout ce que je vais pouvoir écrire une fois que j'aurai rassemblé suffisamment d'informations pour ne pas partir dans tous les sens. Je suis désolée, il faut un peu de patience, mais j'espère que les chroniques ne vous en seront que d'autant plus agréables.

lundi, 10 décembre 2007

RSSI- Chapitre 1

La RSSI.

C’est ainsi que ceux qui en faisaient partie nommaient par commodité la Royal Society of Secret Investigation. Peu de personnes soupçonnaient son existence. Plus rares encore étaient ceux qui y appartenaient. Cela faisait quelques siècles que le pouvoir royal avait mis en place cette société tenue secrète. Non pas par défiance vis-à-vis de la populace, mais plutôt parce que les phénomènes sur lesquels elle enquêtait, tout comme les moyens dont elle disposait, étaient en mesure de créer un vent d’incompréhension et de panique colossal. De plus, il était fort probable que l’Inquisition n’ait pas réellement cautionné les « pouvoirs » de certains de ses enquêteurs en des temps plus troublés. Aussi cette société avait-elle toujours été dissimulée, et les élus qui la composaient prenaient un soin tout particulier à s’assurer que son existence ne soit pas ébruitée, quoiqu’en règle générale, ceux qui venaient à en apprendre l’existence avaient beaucoup plus de chance de passer pour des fous que d’être pris au sérieux. C’est entre autres pour cette raison que l’admission en son sein était si difficile.

Mary-Hannah se remémorait souvent comment elle en était arrivée là. Lorsqu’elle était plus jeune, jamais elle n’aurait imaginé faire un jour partie d’une telle organisation. Mais parfois, on ne choisit pas ce qu’on est.

Pourtant, son rang ne la prédestinait pas à devenir un agent de terrain.

Fille de Lord Thomas Cuttington, homme distingué, érudit et charmant, et d’Elisabeth Welsh, issue elle aussi d’une famille bourgeoise des plus convenables, elle était plutôt destinée à devenir une jeune femme raffinée, intelligente, et une épouse modèle. Les associés de son père avaient vu sa naissance d’un très bon œil et se réjouissaient de voir grandir ainsi un beau brin de fille qui, à n’en pas douter, ferait très bientôt la fierté de son financier de père.

Déjà petite, Mary-Hannah savait qu’elle était différente de ses compagnons de jeu. Oh, bien sûr, elle ne savait pas sur quoi elle fondait pareille certitude. Mais elle le sentait au plus profond d’elle-même. Peut-être étaient-ce ses yeux, d’une couleur si inhabituelle. Lorsqu’elle s’en inquiétait auprès de sa mère, celle-ci la rassurait toujours en lui affirmant que ses yeux étaient effectivement différents. Mais qu’elle ne devait pas en avoir peur.

- Les yeux sont les portes de l’âme lui racontait-elle. Et il faut croire que la tienne est très belle, pour que Dieu ait décidé de leur donner la couleur du feu qui apporte réconfort et chaleur à l’homme transi. Ton regard brûle comme la braise ma petite fille, mais c’est le feu divin qui coule en toi, n’en doute jamais.

Avec une aussi belle explication, la petite Mary-Hannah oubliait dans l’instant les railleries des autres enfants et c’était gonflée de fierté qu’elle retourner jouer. Elle avait rapidement appris que voir des Ombres ou sentir une présence ne relevait pas de la normalité. Elle avait beau les montrer, que ce soit aux autres enfants, aux domestiques ou à ses parents, puisque personne d’autre ne les voyait et que tous se demandaient bien à quoi elle pouvait jouer, elle décida d’en faire son secret. C’était promis, elle n’en parlerait plus à son entourage. Elle ne supportait pas le regard mi amusé, mi inquiété et mi condescendant que posaient les autres sur elle lorsqu’elle tentait de leur expliquer que si le vase était tombé, ce n’était ni sa faute, ni l’opération du Saint Esprit, mais bel et bien l’Ombre qui l’avait poussé.

Bien sûr, parfois, cela l’inquiétait un peu, car les présences n’étaient pas toujours rassurantes. Mais Mary-Hannah s’y était faite, et les lieux qu’elle fréquentait ne grouillaient pas de ces êtres, heureusement. Pour certains, ils n’étaient pas franchement désagréables, et elle s’était même habituée à leur présence régulière. En revanche, d’autres lui faisaient froid dans le dos, et elle prétextait souvent une indisposition, un mal de ventre ou n’importe quel autre petit mensonge pour qu’on l’éloigne du lieu en question. Cela lui avait tout de même permis de remarquer que les Ombres ne pouvaient pas la suivre bien loin. D’une manière ou d’une autre, elles semblaient liées à un endroit, ce qui arrangeait bien la fillette, puisqu’elle savait dès lors comment se défaire d’une présence inopportune.

Les Ombres quant à elles semblaient avoir une perception limitée de la présence de l’enfant. Souvent, elles agissaient comme si elle n’était pas là, mais parfois, certaines se figeaient, et Mary-Hannah pouvait jurer qu’elles la fixaient, bien que la fillette ne soit jamais parvenue à leur discerner de quelconques yeux. Pour n’importe qui, cela aurait suffit à vous glacer les sangs, voire à vous rendre fou. Mais Mary-Hannah n’était pas n’importe qui, et cela tombait plutôt bien.

La fillette avait grandi avec ces Ombres, et cela lui avait permis de les connaître un peu plus au fil des ans.

Par exemple, les Ombres ne parlaient pas. Jamais. Elles ne produisaient aucun son. En revanche, leurs actes et leurs attitudes reflétaient parfaitement bien leur caractère. Mary-Hannah avait appris à les reconnaître au premier coup d’œil. Elle s’était créé plusieurs catégories dans lesquelles elle les rangeait, en fonction de leur comportement. Son jeune âge excusera la naïveté des noms qu’elle leur avait donnés, mais ils n’en reflétaient pas moins sa réalité. Certaines étaient irascibles, mesquines, d’autres d’une tristesse infinie et d’autres encore aimables, voire joueuses. Aussi les avait-elle classées en « gentilles », « effrayantes », « turbulentes », « tristes » et autres « méchantes ». Les Ombres avaient également une sorte de signature. Suivant leur puissance, elle était plus ou moins sensible. Souvent, seule Mary-Hannah la remarquait, mais il arrivait que les gens « normaux » le sentent aussi. Une désagréable odeur de rance, de pourriture, mêlée à une fragrance rappelant l’amande. La petite Mary-Hannah avait mis du temps à identifier cette senteur, mais c’était finalement parfaitement cela, même si cette odeur paraissait parfois lointaine, presque occultée par le reste.

La fillette vivait ainsi avec des Ombres qu’elle seule voyait. Elle ne cherchait pas d’explication à cet état de fait. C’était comme cela, point.

Mais sa vision des choses n’allait pas tarder à changer, et à s’éclairer à la lueur de la connaissance.

mardi, 4 décembre 2007

Chroniques de la RSSI : suite de l'intro

Bon, j'ai mis le temps, mais voici la fin de cette intro. Bonne lecture. (édité avec les commentaires de Zegatt)

Résumé de l’épisode précédent : Lady Cuttington, mandatée par la RSSI, a été appelée dans un petit village à l’Ouest de Londres pour une intervention dans un vieux moulin à aube. C’est sous un temps exécrable que la jeune femme et son cocher sont arrivés sur place. Les lieux semblent inhabités, quand soudain, la porte s’entrouvre dans un grincement.

L’homme était petit et voûté. Ses yeux sombres étaient enfoncés sous des sourcils broussailleux et l’essentiel de son visage disparaissait sous une barbe noire et drue. Il tenait à la main une bougie, qui était visiblement le seul éclairage de la pièce.

Par l’entrebâillement de la porte, il détailla les visiteurs. Devant lui se tenaient des gens de la ville. Bien élevés, à n’en pas douter, et de bonne naissance, à en juger par leur tenue.
L’un des deux visiteurs était un homme trapu, dont les traits étaient soulignés par des rouflaquettes châtains et bouclées. Tout dans son attitude laissait à penser qu’il n’était là qu’en accompagnateur. Certainement un domestique.
La jeune femme quant à elle semblait avoir moins de vingt ans. Emmitouflée dans un long manteau, elle portait des vêtements de voyage de très bonne facture. Une longue chevelure rousse soigneusement coiffée en anglaises encadrait un visage doux et clairsemé de tâches de rousseur. Une paire de lunettes métalliques posée sur son nez mutin lui donnait une mine sérieuse et atténuait l’éclat de ses yeux rouges cuivrés. Pour sûr que c’était pas courant, des yeux comme ça… L’homme eut l’impression d’être mis à nu lorsque le regard de la jeune femme se posa sur lui, bien qu’elle le fasse avec douceur et bienveillance. Il se décida enfin à s’effacer et à ouvrir plus largement la porte.

- Humpf. Si v’voulez bien v’donner la peine.

La jeune femme entra, aussitôt suivie de son domestique. Elle inspecta la pièce du regard et se tourna vers l’homme, l’air interrogateur.

- Chui content qu’quelqu’un s’soucie du vieux Tom. C’est qu’j’voudrions r’donner du lustre à c’te moulin pour payer la dot d’ma fille. L’est d’puis une éternité à ma famille mais on m’avait prév’nu. D’mémoire de bougre, jamais on n’a réussi à en fair’ que’que chose. Chaque fois qu’tu cloues une planche, l’lend’main, y a p’us rien. Même que tu fermes la maison. Même qu’tu dors sur place. T’entends des bruits, et pis vlan, tout c’que t’as fait, tout est à r’faire. ‘reusement qu’le Sir connaissait vot’ société et qu’il a pu vous envoyer.

La jeune femme ferma à nouveau les yeux et se concentra. D’une voix douce, elle demanda :

- Est-il possible de descendre plus bas ? Avez-vous une cave, un cellier ?

- Ah, pour sûr, y a la salle de machin’rie d’la roue. ‘ttendez, j’vous guide.

D’un pas chaloupé, l’homme les précéda vers l’un des angles de la pièce et d’un mouvement sec, ouvrit une trappe, qu’ils n’avaient jusqu’à présent pas remarquée. Le vieux Tom plongea sa main dans la poche de sa veste et en sortit deux autres bougies qu’il alluma à la flamme de la première. Il en donna une à chacun et descendit prestement par l’échelle de meunier que la trappe avait mise à jour.
Les murs étaient complètement empoussiérés et pas un centimètre carré de plafond n’était recouvert de toiles d’araignée, dont les longs fils pendaient parfois jusqu’au sol.

- Faites pas ‘ttention au désordre, j’ai pourtant rangé et nettoyé un peu quand j’ai appris qu’vous v’niez. Mais c’est r’venu dans la nuit, j’peux rien y faire, s’excusa leur hôte.
- Ne vous inquiétez pas, nous en avons vu d’autres, le rassura la jeune femme.

Ils débouchèrent dans une pièce qui suintait l’humidité, et qui était encombrée de tuyaux, de machines et de pistons entamés par la rouille. Ils percevaient dehors le bruit du vent et les grincements sinistres de la roue. L’atmosphère était pesante et une odeur forte leur fit frémir les narines. Une odeur de pourriture, certes, mais avec un soupçon lointain d’amande.

- C’est là, pas de doute.

Le vieux Tom ne comprit pas ce qui se passa à partir de ce moment là.

La jeune femme scrutait la pièce, à la recherche de quelque chose visiblement. Soudain, son regard se figea vers l’un des angles de la pièce. Elle tendit sa bougie au vieil homme et leurs regards se croisèrent un bref instant. A la lueur vacillante de la flamme, le vieux Tom crut voir les yeux de la jeune femme changer. Il était prêt à en mettre sa main à couper, mais c’étaient pas des yeux normaux qu’elle avait la petiote. Ca aurait plus ressemblé à de la brume qui serait enfermée dans ses yeux. Un frisson parcourut l’échine du vieil homme.
La jeune femme se déplaça d’un pas rapide dans la direction qu’elle fixait et s’arrêta à un mètre de l’angle.
Mais à part le mur, le vieux Tom ne voyait rien devant elle. Son domestique se plaça derrière elle, légèrement en retrait, comme si leur petit manège était réglé comme du papier à musique.
La jeune femme retira lentement l’un de ses gants et posa sa main dans le vide. La scène était vraiment étrange. Il n’y avait rien, et pourtant, la main de la jeune femme semblait réellement tenir quelque chose.
Il crut l’entendre murmurer quelque chose et soudain, elle fut repoussée en arrière dans un cri. Son domestique retint sa chute et s’interposa immédiatement entre elle et l’angle vide.
La jeune femme semblait avoir perdu connaissance un bref instant, mais elle reprit rapidement ses esprits, réajusta ses lunettes qui avaient glissé sur son nez et écarta doucement son domestique. Sans quitter l’angle des yeux, elle s’adressa à son cocher :

- Ca va aller, Edward. J’ai… J’ai simplement été surprise par sa résistance. Restez néanmoins derrière moi, je pense que j’aurais besoin de vous pour éviter une nouvelle mauvaise chute.
- Bien Mademoiselle. Soyez prudente.

La jeune femme retira son second gant et tint à nouveau quelque chose que le vieux Tom n’arrivait toujours pas à voir, malgré ses efforts répétés. Cependant, cette fois-ci, la chose semblait résister, car la jeune femme avait les muscles bandés mais tressautait légèrement. Dans un souffle, elle prononça une phrase qu’il ne comprit pas. La tête de la jeune femme fut rejetée en arrière et Edward la rattrapa avant qu’elle ne s’évanouisse à nouveau.

''Ce froid… Toutes ces émotions étrangères qui m’envahissent… La douleur… Le noir.''

Avant même que le vieux Tom puisse esquisser le moindre mouvement, il fut surprit de sentir le poids qui pesait sur ses épaules et la puanteur de la pièce disparaître instantanément. Il s’approcha de ses visiteurs. Le cocher avait assise la jeune femme au sol et l’avait adossée à la machinerie. Il essuyait avec un coin de mouchoir en tissu un mince filet de sang qui coulait de son nez.
Le vieux Tom écarquilla les yeux.

- Mais, elle est blessée la d’moiselle, nom d’Dieu !

Ses doigts effleurèrent la main de la jeune femme et il les retira prestement. Sa main était glacée. Comme celle d’une morte.

- Ne vous inquiétez pas, tempéra le cocher. Ca va aller. Elle est juste épuisée. En revanche, votre problème est réglé. Vous allez pouvoir enfin jouir normalement de votre moulin.
- Mais…

Edward souleva la jeune femme dans ses bras et entreprit de remonter.

- Auriez-vous l’obligeance de bien vouloir nous éclairer, demanda-t-il dans un sourire aimable. Je crains malheureusement d’avoir les mains quelque peu encombrées.
- Heu, pour sûr, pour sûr, répondit le vieil homme avec précipitation, avant de les précéder sur l’échelle de meunier. Mais dites-moi… V’l’avez vu, vous, j’veux dire… la chose ?

Le cocher esquissa un sourire.

- Bien sûr que non.
- Mais… Comment…

Le vieil homme balbutiait, ne comprenant pas, ne trouvant pas ses mots.

- Elle seule les voit. Elle seule peut les toucher. Elle seule a ce Don.
- Un Don ?
- Les âmes. Celles qui ne sont ni ici ni là-bas.
- Vous voulez dire…
- Appelez ça comme vous voulez. Esprits, fantômes. Toujours est-il qu’elle seule peut interagir avec eux. Et parfois, ils sont plus puissants que prévus.

Ils arrivaient au cab. Edward installa délicatement sa maîtresse à l’intérieur.

- Elle seule peut les libérer, les renvoyer dans l’Au-delà, dans l’Ether…

Il en referma la porte et s’installa à son siège. Les chevaux paraissaient moins nerveux et la pluie semblait s’être quelque peu calmée. Se penchant vers le vieil homme, il lui glissa :

- C’est pour cela que ses collègues, à la RSSI, la surnomment Perséphone. La maîtresse des morts, à la fois dans notre monde et dans l’autre… Et si vous voulez mon avis, nous sommes chanceux que cette Perséphone-ci soit bien plus dans notre monde que dans l’autre.

Le cocher mit en branle les chevaux et fit un signe de la main au vieux Tom qui restait, sous la pluie, abasourdi. Une fois de plus, un frisson glacé lui parcourut le dos alors qu’il regardait le cab s’éloigner. S’il racontait au village ne serait-ce que la moitié de ce qu’il venait de vivre, tous le prendraient pour un fou.

mercredi, 14 novembre 2007

Chroniques de la RSSI : intro v.2

En tenant compte de vos remarques, et en changeant le temps et le point de vue du narrateur (point de vue omniscient au lieu d'un récit à la première personne), voilà ce que donne l'intro remaniée. Qu'en pensez-vous ? Le récit à la première personne était contraignant pour certaines tournures de phrases et rendait difficile certaines descriptions, et une narration au passé, même si elle fait moins "sur le vif", passe mieux je trouve... Non ?

23 Novembre 1850. Campagne Ouest de Londres

Cela faisait maintenant deux heures qu’ils étaient partis. Et depuis deux heures, la pluie n’avait pas daigné les épargner un seul instant. Elle crépitait de manière ininterrompue sur la toile du cab dans lequel la passagère était installée. D’un geste instinctif, elle remonta le col de son manteau. Elle ne put s’empêcher d’avoir une pensée pour son cocher, qui lui devait être complètement détrempé. Etouffé par les parois du cab, le trot du cheval berçait la jeune fille. La pauvre bête peinait à conserver son allure, tant ses pattes étaient alourdies par les amas de boue agglutinés autour de ses pâturons.

Du bout des doigts, elle écarta le rideau et contempla la campagne anglaise. Le même paysage les accompagnait depuis qu’ils avaient laissé derrière eux les dernières maisons de la banlieue londonienne. De bocage en verger, le même vert humide leur donnait l’impression de n’avoir pas progressé. Les quelques voyages qu’elle avait eu l’occasion de faire lui avaient pourtant appris qu’elle affectionnait cette douce monotonie. Ce calme l’aidait à se sentir bien. Elle avait la sensation d’être chez elle.

Perdue dans ses pensées, la passagère ne se pas rendit pas compte qu’ils approchaient de leur destination. La voiture traversa le village sans ralentir, éclaboussant les rares habitants encore dehors.

Après avoir dépassé les dernières maisons, ils s’arrêtèrent enfin, au bord d’une rivière gonflée par les pluies, devant le moulin du village. Bien que l’après-midi ne fut pas très avancé, le temps déplorable assombrissait considérablement l’atmosphère, et la lampe tempête allumée dans le porche d’entrée leur apporta un peu de réconfort. Une fois de plus, la jeune fille s’interrogea sur le dessein des puissances supérieures qui se jouaient d’eux en les envoyant presque toujours en intervention dans des conditions aussi exécrables qu’en ce jour. C’était sans nul doute l’ironie du sort.

La porte du cab s’ouvrit et laissa apparaitre le visage rond et avenant d’Edward. Le cocher était effectivement complètement détrempé. L’eau qui ruisselait sur les bords de son chapeau dégoulinait sur sa vieille cape élimée. Il avait l’air éreinté mais son visage se fendit pourtant d’un sourire tandis qu’il s’effaçait pour laisser descendre la jeune fille.

- Nous voici arrivés, si Mademoiselle veut bien se donner la peine.

A peine avait-t-il terminé sa phrase qu’une bourrasque s’engouffra dans l’habitacle et arracha un frisson à la passagère. Un véritable temps de chien, assurément. Elle vérifia rapidement sa mise, posa ma main gauche sur le bras tendu d’Edward, souleva légèrement sa robe de voyage de la droite et descendit le marchepied métallique. Ses bottines firent un bruit de succion lorsqu’elles atteignirent le sol. Un mélange d’odeurs d’humus, de terre mouillée et de sous-bois assaillit ses narines. Edward s’empressa de la protéger d’un parapluie arrivé d’on ne sait où entre ses mains. Il faudrait qu’il lui explique un jour s’il ne possédait pas quelque don de magicien qu’il lui aurait caché.

Elle balaya les lieux du regard. La scène était lugubre. Le moulin à aube était dans un piteux état. Des plantes grimpantes avaient commencé à prendre les murs d’assaut, et pénétraient à l’intérieur par les vitres brisées des fenêtres. La pierre se délitait par endroits et la roue, sous les assauts du torrent, laissait échapper des grincements graves au lieu de tourner à pleine vitesse. La rouille avait commencé son œuvre sur toutes les pièces métalliques qu’elle pouvait deviner à travers le rideau de pluie. Comment quelqu’un pouvait-il encore habiter ici ?

La jeune fille ferma les yeux un instant et se concentra.

Bien.

Ils ne se seraient pas déplacés en vain. Il y avait effectivement quelque chose. Et elle se faisait fort de régler cette affaire au plus vite.

Elle se dirigea vers le porche de pierre et Edward lui emboîta immédiatement le pas, esquivant les flaques tout en la protégeant de la pluie. La lampe tempête oscillait sous les assauts du vent, lançant des lueurs changeantes à travers le rideau de pluie. Pressant le pas, ils se réfugièrent sous le porche et, une fois à l’abri, secouèrent leurs vêtements pour éviter de trop tremper l’intérieur, bien que cette précaution fut sans doute inutile, au vu de l’état de décrépitude dans lequel se trouvait le bâtiment. D’un geste forgé par l’habitude, elle tenta de replacer son indisciplinée mèche rousse derrière son oreille droite.

Son cocher finit d’égoutter le parapluie puis frappa énergiquement contre la lourde porte en chêne.

Aucune réponse.

- Holà, du moulin ! Que l’on vienne nous ouvrir, voici arrivée Lady Cuttington, mandatée par la R.S.S.I.

Toujours pas âme qui vive.

Enfin, dans un grincement sinistre, la porte s’entrouvrit lentement.

jeudi, 25 octobre 2007

Chroniques de la RSSI - Introduction

Comme promis, voici le fruit de mes gratouillages. Pour l'instant, ce n'est qu'une intro, et je n'en suis pas totalement satisfaite, aussi suis-je ouverte à tous les commentaires constructifs. Je ne sais pas encore si le récit restera à la première personne, ni s'il restera au présent, à voir à la longue, j'ai eu du mal à me décider.
Je me suis rendue compte en rédigeant que je manquais énormément de vocabulaire, surtout sur la vie quotidienne de cette période victorienne. J'ai fait quelques recherches sur internet, mais ce n'est pas suffisant, il faut que je prenne le temps de passer dans une bibliothèque pour enrichir tout ça. J'espère en profiter pour vous faire découvrir cette époque que j'apprécie beaucoup. Je ne vous en dis pas plus, les éléments de l'intrigue et de l'univers se dévoileront petit à petit, ça laissera un peu de place au plaisir de la découverte ^_^.
Encore une fois, ce n'est qu'une intro, donc c'est pour l'instant un peu descriptif, mais ça sera plus vivant sur les prochains posts, promis.

23 Novembre 1850. Campagne Ouest de Londres

Cela fait maintenant deux heures que nous sommes partis. Et depuis deux heures, la pluie n’a pas daigné nous épargner un seul instant. J’entends son crépitement ininterrompu sur la toile de mon cab. D’un geste instinctif, je remonte le col de ma veste. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour mon cocher, qui lui doit être complètement détrempé. Etouffé par les panneaux de protection de mon cab, je perçois le trot du cheval. La pauvre bête peine à conserver son allure, tant ses pattes sont alourdies par les amas de boue agglutinés autour de ses pâturons.

Du bout des doigts, j’écarte le rideau et contemple la campagne anglaise. Le même paysage nous accompagne depuis que nous avons laissé derrière nous les dernières maisons de la banlieue londonienne. De bocage en verger, le même vert humide nous donne l’impression de n’avoir pas progressé. Pourtant, j’ai appris au cours des voyages que j’ai eu l’occasion de faire que j’aime cette douce monotonie. Elle m’aide à me sentir bien, j’ai l’impression d’être chez moi.

Perdue dans mes pensées, je ne me suis pas rendue compte que nous sommes sur le point d’atteindre notre destination. Notre voiture traverse le village sans halte, éclaboussant les rares villageois encore dehors qui, trop peu prestes, ne se sont pas écartés suffisamment.

Après avoir dépassé les dernières maisons, nous nous arrêtons enfin, au bord d’une rivière gonflée par les pluies, devant le moulin du village. Bien que l’après-midi ne soit pas très avancé, le temps déplorable assombrit considérablement l’atmosphère, et la lampe tempête que j’aperçois allumée dans le porche d’entrée est réellement la bienvenue. Une fois de plus, je m’interroge sur le dessein des puissances supérieures qui se jouent de nous en nous envoyant quasi systématiquement en intervention dans des conditions au moins aussi exécrables qu’aujourd’hui. L’ironie du sort, sans doute.

La porte du cab s’ouvre et laisse apparaître le visage rond et avenant d’Edward. Comme je le supposais, mon cocher est complètement détrempé. L’eau qui ruisselle sur les bords de son chapeau dégouline sur les épaules de son vieux duffle coat élimé. Il a l’air éreinté mais son visage se fend pourtant d’un sourire tandis qu’il s’efface.

- Si Madame veut bien se donner la peine, nous voici arrivés.

A peine a-t-il terminé sa phrase qu’une bourrasque s’engouffre dans l’habitacle et m’arrache un frisson. Un véritable temps de chien, assurément. Je vérifie rapidement ma mise, pose ma main gauche sur le bras tendu d’Edward, soulève légèrement ma robe de voyage de la droite et descend le marchepied métallique. Mes bottines font un bruit de succion lorsqu’elles atteignent le sol. Un mélange d’odeurs d’humus, de terre mouillée et de sous bois assaille mes narines. Edward s’empresse de me protéger d’un parapluie arrivé d’on ne sait où entre ses mains. Il faudra qu’il m’explique un jour s’il ne possède pas quelque don de magicien qu’il m’aurait caché.

Je ferme les yeux un instant et me concentre. Bien. Nous ne nous serons pas déplacés en vain. Il y a effectivement quelque chose. Et je me fais fort de régler cette affaire au plus vite.

Je me dirige vers le porche de pierre et Edward m’emboîte immédiatement le pas, esquivant les flaques tout en me protégeant de la pluie. La lampe tempête oscille sous les assauts du vent, lançant des lueurs changeantes à travers le rideau de pluie. Pressant le pas, nous nous réfugions sous le porche et, une fois à l’abri, secouons nos vêtements pour éviter de trop tremper l’intérieur. D’un geste forgé par l’habitude, je tente de replacer mon indisciplinée mèche rousse derrière mon oreille droite.

Mon cocher finit d’égoutter le parapluie puis frappe énergiquement contre la lourde porte en chêne.

Aucune réponse.

- Holà, du moulin ! Que l’on vienne nous ouvrir, voici arrivée Lady Cuttington, mandatée par la R.S.S.I.

Toujours pas âme qui vive.

Enfin, dans un grincement sinistre, la porte s’entrouvre lentement…

dimanche, 23 septembre 2007

Les histoires de mémé Light

Comme vous l'avez peut-être remarqué, j'ai créé une nouvelle catégorie de billets, justement appellée "nouvelles" (Ahah, ce que je suis drôle quand je m'y mets. Bref.)
En effet, gratouiller quelques lignes pour raconter mes péripéties dans la jungle m'a beaucoup plu, et cette idée me trottant dans la tête depuis un petit bout de temps, eh bien j'espère que cette initiative me motivera pour passer vraiment à l'acte. On devrait donc retrouver dans cette catégorie des histoires, basées ou non sur mon quotidien (romancé, bien sûr), inspirées parfois d'univers connus (je pense par exemple à des backgrounds de personnages de jeu de rôle sous forme de nouvelles), et j'espère quelques productions entièrement de mon cru. N'hésitez pas à vous exprimer sur cette idée. Si cela vous (et me) plait, je posterai peut-être celles déjà écrites il y a quelque temps. J'hésite encore à le faire, peut-être serait-il mieux de ne poster que les productions récentes... A suivre donc.

jeudi, 13 septembre 2007

Comment survivre dans la jungle. Part 2.

Dix huit heures.
Précautionneusement, Light pousse la porte de l'appartement. On ne sait jamais. Il se pourrait que l'un des monstres de la cuisine décide de lui sauter à la gorge, dans un élan kamikaze, se sacrifiant pour la survie de sa meute, vous savez, un peu comme le lapin Caerbannog dans "The Holy Graal". Un pas dans l'appartement, et toujours pas d'attaque suicide. Tout va bien, pour l'instant. Pourtant, des bruits bizarres arrivent à ses oreilles, provenant apparemment de la jungle-cuisine. Light y risque un oeil. Stupeur. L'autochtone, inspiré, s'est lancé corps et âme dans la pacification de ce coin sauvage : coincé entre l'évier et la gazinière de la mort, au péril de sa vie, il s'est attelé à la vaisselle.
Au vu de son nez froncé, la jeune fille en déduit que la vaisselle a bassement lancé une attaque chimique. C'est très petit. Stoïque, l'indigène encaisse les odeurs nauséabondes qui se dégagent de l'évier lorsque dans un bruit de succion il décole deux assiettes qui étaient en train de recréer la vie entre elles. Elle admire son courage. Ramenant ses cheveux en un chignon de combat et enfilant sa tenue de survie, Light décide de lui prêter main forte. De son côté, elle s'attaque à la petite étagère, qui, courageusement, supporte le poids des fours et autres grille-pains tartinés de poussière, de graisse et de restes de pizza. *frotte-frotte-astique-désinfecte-frotte* Le tour est joué, ces animaux n'étaient pas très féroces. Sûrement l'influence du frigo tout propre juste à côté. M'est avis que ça leur en a mis un coup au moral, de voir que même le puissant frigo avait déjà succombé quelques jours auparavant.
Soudain, Light entend un froissement, dans son dos. Ses muscles se raidissent.

Les monstres tentent un backstab. Aucun sens de l'honneur. Je vais leur montrer ce qu'est le respect du bushido.

Plaçant un magnifique coup retourné de sac poubelle, l'aventurière contre l'attaque fourbe des déchêts, épaulés par les boîtes vides et autres éléments inutiles qui rôdent dans la jungle-cuisine. Tous finissent empaquetés. Trois sacs poubelle plus loin, Light s'accorde un répit, avant de repartir de plus belle : l'indigène ayant eu raison de la vaisselle récalcitrante, les deux compagnons prennent la gazinère de la mort en feu croisé et la traînent de force à son emplacement définitif, non sans avoir fait montre d'une glorieuse résistance. Malheureusement, la détermination du brave indigène est mise à mal par cette étape importante qui vient d'être franchie. Il sonne la retraite, direction le pc, faut xp un peu quand même.

Si vous croyez que mettre hors de combat mon compagnon me dissuadera de vous exterminer jusqu'au dernier, vous rêvez éveillés, sales monstres.

Et de repartir de plus belle. Sol, radiateur, chaudière, rangement des provisions, du coin ménage, tout passe sous la main implacable de Light. Ne restent à présent plus que deux éléments récalcitrants. Le sombre placard sous l'évier et la friteuse graisseuse. Et là, Light doit s'avouer qu'elle n'est pas tranquille. Ses adversaires sont de taille. Il va y avoir du challenge.
L'inconsciente se jette à corps perdu dans la bataille contre le sombre placard. Rangement, nettoyage, rerangement, le combat est âpre. Light perd l'une de ses fidèles machette-gratounette. La pauvre n'a pas supporté la couche noire de protection régnant sur les étagères. Un truc toxique, m'est avis. Finalement, il s'avère que le sombre placard était, comme la baignoire, possédé par un démon majeur du chaos. C'est le jour est la nuit, l'avant et l'après, la vanille et le chocolat.
Ne reste plus qu'un adversaire, mais de taille : la friteuse graisseuse.

C'est le boss de fin de niveau. Tu dois être forte.

Les deux adversaires s'observent en silence. Ils se toisent, se jaugent. Leurs regards, lorsqu'ils se croisent, lancent des éclairs.

- Hola gringo. L'une de nous est de trop dans cette jungle-cuisine. Je te préviens, ça sera long et douloureux. Renonce avant qu'il ne soit trop tard

Devant l'indifférence de la friteuse graisseuse, Light, vive comme l'éclair, lance son bras et frappe. *slurp* fait la fritteuse graisseuse. Light écarquille les yeux. Sa main est collée par les coulures de graisse.

Puteborgne ! Une erreur de débutante ! Et qui va peut-être me coûter cher!

Tenant sa proie, la diabolique friteuse en profite pour la désarmer, sans ménagement. Les forces de l'aventurière la quittent. Le monstre éclate d'un rire sadique, une lueur de vengeance flamboyant dans ses yeux. La volonté quitte Light, qui se sent de plus en plus faible, sa détermination anéantie par la force de la graisse. Mais dans un sursaut d'amour propre, elle se ressaisit et, esquivant le corps libideux de la fourbe friteuse, attrape le produit vaisselle super dégraissant.

- Ton heure a sonné, immondice !

Le combat est titanesque. Les deux adversaires mobilisent toutes leurs forces, et la vitesse des coups est foudroyante. Light perd une fidèle machette-gratounette de plus. Mais la friteuse graisseuse faiblit. Noyée sous la mousse, elle demande grâce. Les bras de Light sont douloureux à force de frotter, encore et encore. Elle décide que la friteuse est suffisamment faible pour pouvoir la maîtriser. Elle achève alors le monstre par un rinçage efficace et l'assigne à résidence au fin fond de la baignoire désormais pacifiée, afin de la mettre à tremper avec un produit super corrosif pour décoller les dernières remugles qui s'accrochent au fond de sa cuve.

Le coup de grâce sera donné le lendemain. Il faudra faire un exemple.


EPILOGUE : "le deuxième effet kiss cool"

La cuisine est désormais elle aussi pacifiée, colonisée et utilisable. Light est fière d'avoir redonné un visage humain et avenant à cette partie de jungle. L'indigène lui-même en a le souffle coupé, et est fier du résultat. Pour fêter leur victoire, ils décident d'enfin cuisiner le repas du soir, et de ripailler à leur succès. Un rire sarcastique résonne du fin fond de la jungle-cuisine. La maléfique gazinière savoure sa revanche, son baroud d'honneur. Les deux aventuriers, dépités, se souviennent alors qu'ils n'avaient pas pu la brancher en raison d'une incompatibilité de connectique, et qu'il faudrait l'intervention d'un pote-sauveur électricien pour pouvoir l'utiliser. En attendant, pas moyen de faire chauffer le moindre plat nécessitant une casserole ou une poëlle. Autant pour les succulentes crèpes prévues.
Elle ne perd rien pour attendre, cette saleté.

mardi, 11 septembre 2007

Comment survivre dans la jungle. Part 1.

Changement de semaine, changement de victime pour mon squattage. Me voilà débarquée chez un copain, qui a un peu plus de place que ma frangine, mais dans cet appartement, c'est la loi de la sélection naturelle. Tu dois être fort pour survivre.
Si tu veux manger, tu dois passer la rivière aux crocodiles des poubelles du mois dernier, contourner la gazinière de la mort surchargée de bordel, slalommer entre les tâches de jus maléfique au sol et arriver jusqu'au frigo diabolique débranché depuis 4 mois. Ensuite, tu dois capturer de la vaisselle propre, malgré ses techniques de camouflage ancestrales et efficaces. Elle se cache bien, la saloperie. Par défaut, tu peux te rabattre sur les éléments plus faibles de la meute, ceux qui sont sales. Mais là, tu dois affronter l'évier, et là, c'est pas encore gagné. Je ne suis pas suicidaire non plus.
Si tu veux te laver, tu dois surveiller que le lavabo ne capture pas ta brosse à dents en la collant définitivement sur lui, tel une plante carnivore. Tu dois garder un oeil sur la baignoire, on sait jamais, avec la couleur de son pelage, elle est douée pour le camouflage en forêt, elle pourrait te croquer en traître. Ah oui, fais attention où tu marches aussi, on ne sait jamais.
Si tu veux dormir, tu devras réussir à trouver le canapé. C'est un animal volumineux et placide, certes, mais de nombreux petits animaux de la jungle vivent en symbiose avec lui, s'installant sur son corps confortable jusqu'à le masquer totalement. Livres, DVD, bouteilles vides, autant de biodiversité qui vit à ses crochets, permettant ainsi au canapé, en échange de son hospitalité, d'être quasiment invisible aux yeux de ses prédateurs. C'est là la clé de sa survie.
L'accès au PC est bien plus aisé, après tout, c'est une jungle de geek, c'est dans l'ordre des choses.

Et c'est là que la terrible Light démontre la force de sa détermination. Car elle sait que l'autochtone est très sympatique. Et elle sait qu'avec quelques efforts, cette jungle peut devenir très accueillante pour l'explorateur motivé.
Alors, insidieusement, elle persuade l'indigène que rebrancher le frigo après une désinfection complète permettrait de faire quelques courses. Pas folle, elle l'appate avec la promesse de bons petits plats. Y a pas de raison, ça marche avec toutes les bestioles, ça doit aussi marcher avec les humains, l'appel du ventre. L'autochtone, coopératif, l'emmène faire les courses dans le village le plus proche, puis l'aide à chasser le canapé. On n'était pas trop de deux d'ailleurs. Enfin, les deux courageux compagnons maîtrisent le frigo et, au terme d'une bataille âpre et sanglante, enchaînent l'animal au 220V. A présent totalement pacifiée, la bête ne bronche pas lorsqu'on la remplit. C'est déjà une victoire.
Puis l'indigène décide d'aller voir sa tribu. Pas de problème, Light pourra survivre dans la jungle sans aide. Elle est certes petite, mais elle est forte. Elle décide de prendre une douche. L'inconsciente. Devant le danger que représente la salle de bains, Light se résigne. Il va falloir employer la manière forte. Pas le choix. Elle enfile son treillis, noue son bandeau de kamikaze autour de son front, s'arme de sa machette-gratounette et de son pistolet chargé ras la gueule de cillit Bang. Du bout des doigts, elle dessine deux marques de guerre sur ses joues avec de la boue. TREMBLEZ VILES CREATURES, VOTRE TREPAS EST PROCHE ! Avec un cri bestial, Light s'élance. Après avoir esquivé l'attaque fourbe du lavabo, genre tu me touches, je te colle à vie, elle lui tire dessus à bout portant. Après un râle d'agonie, l'animal déclare forfait et retrouve une teinte saine. Light poursuit sa progression. Implacable, elle nettoie la poussière accumulée au sol depuis des lustres. Enfin, elle atteint la reine de cette partie de la jungle : la baignoire. Son pelage zébré gris et marron lui donne un avantage indéniable pour se cacher dans la végétation, mais Light, plus vive, l'attaque par le côté. Une fois qu'elle la tient, Light ne lâche pas sa proie jusqu'à ce qu'elle rende les armes. Une fois encore, le combat fut long, et douloureux, tellement la machette-gratounette a fait d'allers-retours. Mais enfin, le féroce animal renonce. Le mal quitte son corps, et Light se rend compte qu'en réalité, cette baignoire était possédée. Son pelage blanc resplendit à présent, donnant à la salle de bains une allure décente.

Forte de cette victoire, Light se retourne vers la cuisine. Mais ses combats précédents l'ont éreintée, et on s'approche de minuit, l'heure fatidique. Qui sait ce qui peut arriver à cette heure. Du coup, elle se résigne à préparer le terrain pour le lendemain : tuer les tâches de jus maléfique. Parce qu'elle sait que le lendemain matin, la tête dans le c*l, elle va se faire prendre en traître et que les infâmes tâches absorberont ses chaussons sans prévenir. De quoi te pourrir le ptit dèj. Un double hit combo gratounette/pistolet/gratounette a raison de ces vils animaux, qui rendent l'âme dans un *pouit* pitoyable.

Light contemple alors son oeuvre. Pas mal. Pour ce soir, c'est pas mal. Fourbue, elle se dirige vers le canapé, en se préparant mentalement au combat du lendemain : la partie de jungle nommée cuisine. HAHA, vous aller toutes y passer sales bestioles ! Je vaincrai ! Je finirai par me sentir bien dans cet appart' !